Cadavre exquis

L'orage était violent, mais néanmoins paisible dans sa douleur.

"Par Apollon préservateur !" Cria –t-il, crachant sa haine et vomissant son amertume :

"Il s'arrêtera bien un jour cet orage. N'ayez crainte."

"Mais justement", dit-il en s'étouffant, "J'ai le sentiment d'une imminence."

Je ne le contrôlais plus. Que faire dans une telle situation ? Il m'en donna la réponse :

"Résignons-nous. Si cette pluie est la dernière, abusons d'elle et désaltérons-nous."

Ce que je fis ensuite ne me ressemblait pas du tout. Je levai la tête vers le ciel pour en déguster l'élixir. Puis, me sentant soudain plus fort et plus hargneux que le taureau en rut, tête baissée, poings en l'air, je défiai les dieux :

"Amusez-vous pendant qu'il est encore temps ! Amusez-vous bien !".

A cet instant, Zeus irrité prit son marteau, et me visant comme il eut fait d'une mince enclume, m'écrasa le pied. J'hurlai de douleur tout en conservant mon calme habituel. Ce que mon compagnon fit ensuite me stupéfia :

Prenant ses ailes et son courage,
Il s'éleva, cinglant la pluie,
Et se couchant sur un nuage,
Il m'aspergea de son pipi.

 

Cadavre exquis